« Qu’est-ce que la documentation ? » Suzanne Briet

« Une nouvelle profession est née, – celle de documentaliste – qui correspond aux fonctions de celui qui documente autrui » chapitre I.#11

Edition originale : Suzanne Briet, Qu’est-ce que la documentation ?, Editions Documentaires Industrielles et Techniques – EDIT, Paris, 1951.

Traduction en français

Consulter l’édition originale (pdf)

Texte revu et mis en ligne en juin 2008 par Laurent Martinet
Notes rédigées par Ron Day et Laurent Martinet – Tous droits réservés

Sommaire:

I. Une technique du travail intellectuel.

II. Une profession distincte.

III. Une nécessité de notre temps.

Préface à l’édition de 2008

C’est de l’étranger qu’est venue la lumière. Sans une conférence des professeurs américains Michael Buckland et Ron Day, organisée en 1998 au CNAM, je n’aurais pas connu Suzanne Briet et son manifeste. J’étais pourtant étudiant à l’INTD, qu’elle a contribué à fonder. Elle y était oubliée, alors que ses vues théoriques manquaient à l’enseignement. En effet, si nos professeurs nous rappelaient quelquefois que le métier ne se réduisait pas à un ensemble de techniques, aussi perfectionnées soient-elles, ils ne se souciaient pas de le définir par rapport à ces techniques. La question « Qu’est-ce que la documentation ? » n’était jamais posée. Et ne restaient que les techniques.

Par certains aspects formels, ce texte est daté. Il cite des personnages oubliés. Il n’a pas été republié depuis 1951. Pourtant cette republication « web » ne procède pas d’un souci historien. Pour l’avoir lu à de nombreuses reprises, pour l’avoir traduit vers l’anglais avec Ron Day, je suis convaincu qu’il est toujours d’actualité pour les professionnels de l’information-documentation.

Cela tient à quelques qualités simples : il est court, il pose franchement les problèmes, et il est admirablement construit. Partant d’une réflexion fondamentale sur ce qu’est un document – le fameux exemple de l’antilope -, Suzanne Briet bâtit chapitre après chapitre une vigoureuse théorie globale de l’information. Et de cette théorie, en 2008, il n’y a pas grand’chose à jeter. Elle intègre l’informatique (la « mécanographie » et la « cybernétique ») et les rapports de l’homme à la machine, la mondialisation et la question de la coopération entre les nations.

Il serait injuste de dire, comme Yves-François Le Coadic, que Suzanne Briet, en mettant en avant la fonction culturelle de la documentation, manque sa dimension technologique. Au contraire, elle ne cesse d’insister sur l’importance de la maîtrise des nouvelles machines : « Le documentaliste sera de plus en plus tributaire d’un outillage dont la technicité augmente à une vitesse grand V. » Elle ne s’occupe pas que de grandes questions culturelles, mais traite aussi de la documentation dans divers secteurs industriels : l’hydraulique, le bâtiment, l’automobile. Malgré ses tendances à l’emphase, elle garde toujours l’esprit pragmatique. Le Répertoire bibliographique universelle d’Otlet est ainsi qualifié de « chimère ». Le documentaliste est un « technicien ». La documentation est « rentable ». Il nous semble donc que Suzanne Briet n’a pas fait que « traverser la route » de la technique vers la culture, mais qu’elle a au contraire décrit la documentation dans sa complexité : une technique culturelle au sein d’une culture technicienne.

Mais c’est son portrait psychologique du documentaliste qui nous semble le plus riche d’enseignement : « sens social, affabilité, serviabililé, zèle dans la recherche », son « comportement extraverti » doit sauver la profession « d’une mécanisation et d’une spécialisation excessives ». Ainsi se dessine peu à peu pour le documentaliste une place modeste, mais passionnante, de messager dans une nouvelle société mondiale de l’information.

La plupart des intuitions de Briet se voient aujourd’hui confirmées par l’essor du World Wide Web et les nouvelles pratiques qui s’y rattachent. Le Web pourrait devenir ce « service public de l’information » dont elle annonce la mise en place. Si les mots de « documentation » et de « documentaliste » ne sont plus toujours adaptés pour décrire les nouvelles réalités, on trouve dans ce livre les principes d’une profession toujours nécessaire.

On peut trouver sur le Web le portrait de Suzanne Briet par Michael Buckland. Il reste à traduire en français. Je tiens à remercier Sylvie Fayet-Scribe et Danièle Degez, qui nous ont conseillé sur les notes, et André et Pascal Etienne, détenteurs des droits sur ce texte, qui m’ont autorisé à le mettre en ligne.

Laurent Martinet (1er juin 2008)

source : http://martinetl.free.fr/suzannebriet/questcequeladocumentation/

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