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La série Télé comme science sociale

The Wire: Mullyman- The Life, the Hood, the Streets

La série Télé comme science sociale

http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-dans-le-monde-la-serie-tele-comme-science-sociale?&comments=votes

Et si une série télé était un formidable outil pour comprendre la société américaine ? C’est la question que se pose une équipe de chercheurs en science social à propos de « The Wire », la série culte sur les ravages de la drogue dans la ville de Baltimore, dans l’État du Maryland.

The Wire © Radio France – 2014

 

Invitée : Marie-Hélène Bacqué, Sociologue et urbaniste, professeure à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, et Anne-Marie Paquet-Deyris, Professeur de Littérature américaine et cinéma anglo-saxon.

Pour retrouver la playliste  michael k.Williams  alias  Omar dans la série The Wire :

LACAN, SAUSSURE ET LES SCIENCES DE LA CULTURE par Christophe Mousset

LACAN, SAUSSURE ET LES SCIENCES DE LA CULTURE

Christophe Mousset1

Notes de mon intervention au groupe de lecture psychanalytique animé par M. Roquefort à Royan, le 18/10/2013.

Question : Les écrits « retrouvés » de Saussure peuvent-ils éclairer la lecture de Lacan aujourd’hui ?

Pour tenter de répondre, présentation de 3 livres :

– Une introduction aux sciences de la culture – Rastier / Bouquet 2002

– Écrits de linguistique générale – Saussure (Bouquet) 2002

Cours de linguistique générale – Saussure (Bally/Sechehaye) 1916

PRESENTATION DES LIVRES

1. Introduction aux sciences de la culture (2002)

sous la direction de Simon Bouquet et F. Rastier

F. Rastier : découvert lors de ma préparation du CAPES. Linguiste, chercheur au CNRS, président de l’institut Ferdinand de Saussure en France.

Ce qui me plaît chez lui : il s’attaque aux sciences cognitives et à leur suprématie y compris parmi les sciences humaines et sociales (1 point commun avec Lacan) ou à la suprématie des sciences de la communication (il propose une théorie sémantique, basée sur le sens) ou à une certaine vision de l’internet (on parle de web sémantique mais il n’y voit aucune recherche de sens) et enfin, il s’attaque à une vision de l’enseignement inspiré du modèle « management » (son dernier livre : Apprendre Pour Transmettre – L’éducation Contre L’idéologie Managériale).

Psychanalytiquement parlant, il est proche d’André Green avec lequel il a collaboré (André Green : d’abord fidèle de Lacan pendant 12 ans puis rupture définitive en 1967 SPP). Pour dire les choses directement, François Rastier ne porte pas Lacan dans son cœur et il a clairement attaqué certaines de ses positions.

S. Bouquet : professeur de linguistique à Nanterre, président de l’institut Ferdinand de Saussure en Suisse, éditeur des Écrits de Saussure.

lecture de la 4ème de couverture

Ce qui est clairement annoncé, c’est : proposer un modèle qui s’oppose aux théories actuelles qui veulent naturaliser ce qui est de l’ordre de la culture : les langues, la psychologie, les arts… en gros l’objet des sciences humaines et sociales. On peut penser par ex. aux sciences cognitives qui regardent les phénomènes de langage ou psychologiques par le cerveau ou par le mécanisme « naturel », biologique. Ce qui se passe c’est que les sciences cognitives finissent même par devenir la référence des sciences humaines et sociales. Face à cette montée en puissance des théories positivistes2 (cognitives), il fallait proposer un modèle culturel3 modèle « physique » des sciences dures et c’est ce que proposent les sciences de la culture.

Ici, on peut dire que la psychanalyse a des prétentions similaires : rompre avec le modèle physiologiste-cognitiviste initié par Freud et amplifié par Lacan (ex : discours universitaire).

Ce qu’on peut retenir : les sciences de la culture veulent redéfinir l’identité des sciences hû et sociales pour résister au rouleau compresseur des sciences cognitives qui voient tout phénomène culturel sous l’angle du cerveau, du biologique, des sciences de la nature. Simon Bouquet place la psychanalyse parmi les sciences de la culture (p19).

2. Saussure : Écrits de linguistique générale (2002) et Cours de linguistique générale (1916)

le lien avec le précédent livre : Simon Bouquet (éditeur) rappel : président de l’institut Ferdinand de Saussure en Suisse

Publié en même temps que l’intro aux [SC] (2002), c’est le livre qui réactualise les sciences de la culture et qui bouleverse les sciences du langage.

Ces écrits ont été retrouvés dans l’orangerie de l’hôtel familial à Genève en 1996. Ils indiquent clairement que ce qu’on connaissait de SAUSSURE (le CLG) a été adapté par ses rédacteurs et qu’une part de sa pensée a été surinterprétée voire négligée. (On pense tout de suite à Jacques Alain Miller et Lacan !)

Comme Lacan, Saussure n’a pas beaucoup écrit et c’est une version de ses trois cours de linguistique générale des années 1906-1907, 1908-1909 et 1910-1911 qui a été retranscrite par ses éditeurs sous le nom de : « Cours de linguistique générale ». Bally et Sechehaye (les éditeurs) étaient les collègues de Saussure et ils ont composé le cours à partir de notes d’étudiants, quelque semaines après la mort de Saussure, sans avoir assisté eux-mêmes à aucune des leçons de linguistique générale. Un de ses étudiants dira après publication du cours de 1916 :

« Un élève qui a entendu lui-même une part importante des leçons de Ferdinand de Saussure sur la linguistique générale, et connu plusieurs des documents sur lesquels repose la publication, éprouve nécessairement une désillusion à ne plus retrouver le charme exquis et prenant des leçons du maître. Au prix de quelques redites, la publication des notes de cours n’aurait-elle pas conservé plus fidèlement la pensée de Ferdinand de Saussure, avec sa puissance et son originalité ? Et les variations elles-mêmes que les éditeurs paraissent avoir craint de mettre au jour n’auraient-elles pas offert un intérêt singulier ? »4. (Encore une pensée pour J-A Miller !!)

L’intérêt des Écrits, c’est de constater la distance avec la vision de l’œuvre de Saussure qu’en donne le CLG, largement répandue par les structuralistes à l’époque de Lacan.

QUESTIONNEMENTS

Qu’y a-t-il de nouveau dans ce manuscrit retrouvé ? premières critiques adressées à Lacan et prise de distance avec le CLG !

On peut lire : François Rastier, De l’essence double du langage, un projet révélateur, 2013

Simon Bouquet, La linguistique générale de Ferdinand de Saussure – textes et retour aux textes, 2000

Selon Rastier, la lecture « structuraliste » de Saussure estune simplification du Cours.

Rappel : structuralisme=courant des sciences humaines qui s’inspire du modèle linguistique (surtout Saussure). Les faits culturels obéissent à des lois (des structures) qui leur sont propres et pas seulement à des causalités physiques ou biologiques.5 C’est par le structuralisme notamment qu’on mesure l’importance de Saussure pour les sciences de la culture ! Parmi les structuralistes, on peut citer : Foucault, Claude Levi Strauss, Roland Barthes, Jakobson et Lacan.

Parmi les structuralistes, Rastier prend l’exemple de Lacan qui s’approprie la barre (qu’on retrouve en séparation dans Signifiant/signifié par ex.) qui est présente dans le cours mais pas dans les Écrits (implicitement, Rastier indique que cette barre pourrait être un ajout apocryphe des éditeurs du cours de 1916). Cf : p103 symbole avec pointillé ! Pas de barre pleine pour séparer = frontière perméable du signe.

ELG p103

– Autre exemple : la dualité des termes (ex : signifié/signifiant) mise en avant par Jakobson (à qui Lacan a emprunté notamment dans « L’instance de la lettre ») ne tient pas. Il s’agirait plutôt d’une opposition d’un des termes au couple formé par cette dualité.

Si on prend A/B : A différent de A/B et B différent de A/B. Donc le signifiant chez Saussure s’oppose aucouple signifié/signifiant non pas au signifié seul! Cf : lire ELG p39 + bémol par rapport à l’absence de barre dans les ELG (il y a des barres!!!)

on en arrive à quelque chose de central dans les Écrits, l’aspect différentiel des signes :

« il n’y a morphologiquement ni signes ni significations, mais des différences de signes et des différences de significations » p70

« On ne se pénétrera jamais assez de l’essence purement négative, purement différentielle, de chacun des éléments du langage » p64

ELG p327

Conséquences textuelles : du fait de ce rapport différentiel (entre les signes notamment)les termes n’ont pas d’indépendance, de vie propre, ce qui « interdit [par exemple] de penser que les phrases soient des assemblages de mots et les textes des assemblages de phrases ». Cf : la textualité6 = le mot (ou le morphème)est l’unité élémentaire alors que le texte constitue l’unité minimale !

Ce qui fait sens dans un texte ce n’est pas l’ensemble de ses éléments mais le texte en tant que tel(son emplacement dans un corpus de textes,et sa différence avec les autres textes).

Ça contredit le principe de compositionnalité : le tout est composé de parties.

Voilà qu’apparaît l’opposition entre 2 visions de la linguistique (repérées par Rastier et approuvées par Bouquet) : le paradigme logico-grammatical d’un côté – tradition héritée d’Aristote, fondée surtout sur la compositionnalité (métaphore de l’atome : le tout est constitué de parties) ; de l’autre, le paradigme rhétorique7-herméneutique (non compositionnel : cf. textualité)8. Rastier et Bouquet s’efforcent de situer Saussure dans ce deuxième camp alors qu’il a toujours été uniquement classé parmi les grammairiens (cf : mémoire sur le système des voyelles dans les langues indo-européennes).

CLG : Exemple de l’absence du point de vue rhétorique-herméneutique dans le Cours publié en 1916 = la finale du Cours de linguistique généraledit :

« La linguistique a pour unique objet la langue envisagée en elle-même et pour elle-même »

Cette linguistique de la langue est auto-centrée, ne rend pas compte de l’aspect différentiel des signes, ni du contexte social de cette langue.

Que manque-t-ilà cette linguistique de la langue dans le CLG ?

Déf°=ensemble de règles abstraites (passe par la grammaire)

1.S. Bouquet : unelinguistique de la parole (rhétorique)l’action d’un locuteur9 =

– elle est une exécution, non une institution cf : contrairement à la parole, le langage institue des règles, de grammaire par ex. ;

action d’un locuteur est individuelle, non sociale la parole est un acte individuel qui engage la personne non le groupe;

action d’un locuteur est libre, non figée liberté du parler « oral » =ex. : « verlan »

2.F. Rastier (herméneutique)10 : il faut ancrer cette linguistique dans le contexte social et culturel, c’est à dire prendre en compte les usages et les usagers de cette langue (« une science des signes dans la vie sociale » 1916, p33). On passe d’une science du langage à une science des langues (importance de l’anthropologie dans les sciences de la culture : origine des langues) !

Le reproche fait aux éditeurs du CLG est aussi fait à Lacan par A. GREEN qui s’appuie sur F. Rastier : les structuralistes, dont Lacan, n’auraient qu’une vision logico-grammaticale de la langue. Se reproche tient-il ?

Si on reprend l’argument de S. Bouquet : les éditeurs du cours n’ont pas assez mis en avant l’aspect rhétorique de la pensée de Saussure dans l’édition de 1916… donc : Y a-t-il une linguistique de la parole chez Lacan ? Pour dire autrement, quelle place prend la parole chez Lacan ?

1. Y a-t-il une linguistique de la parole chez Lacan ? L’exemple du parlêtre.

Prétendre qu’il n’y pas de prise en compte de la parole chez Lacan c’est comme dire qu’il n’y a pas de pain chez le boulanger !! (pour être précis, ce n’est pas ce que reproche Rastier à Lacan = ce qui le gêne, c’est notamment cette indépendance du signifiant par rapport au signifié)…

Évidemment, je ne parlerai pas de LA parole chez Lacan : je ne m’en sens tout simplement pas capable.

Et la parole on peut l’aborder sous l’angle de la vérité, sous l’angle de la cure (la cure analytique est fondée sur un acte de parole), du point de vue du sujet, etc.

Je veux juste insister sur un point, celui du parlêtre. Pourquoi ? parce qu’il me semble qu’une des leçons des Écrits de Saussure c’est d’insister sur ce que Rastier appelle la dé-ontologie : la mise à l’écart de l’ontologie.

Avec ce parlêtre, Lacan tout comme Rastier, rompt avec la tradition ontologique de la philosophie du langage. Cette tradition dit :les mots auraient un sens parce que les choses ont un être (comme l’affirme Aristote dans sa Métaphysique)11.

Or pour Lacan, et pour Rastier lecteur de Saussure, la chose ne se confond pas avec le signifié12. Le signe a une certaine indépendance vis à vis de la chose qu’il représente : pour preuve ce que Saussure appelle « l’arbitraire » du signe. Le son « s-oeu-r » ne renvoie à rien qui pourrait faire penser à une sœur (seule l’onomatopée pour le coup renvoie à la chose qu’elle désigne par son signe : « pan ! »). Il y a donc bien un vide entre le signe et la chose représentée, un vide entre le langage et l’être des choses que nous percevons.

Si on reprend maintenant l’argument de F. Rastier qui reprochait aux éditeurs du cours de 1916 de ne pas avoir retranscrit la vision herméneutique de Saussure… ça donne :

2. Quelle herméneutique linguistique chez Lacan ? Est-ce que la question du sens est abordée chez Lacan ? Kénôme et équivoque.

Faisons un petit détour par le Signe dansles Ecrits de Saussure avant d’aborder la question herméneutique en tant que telle..

kénôme :Reconception du signe dans les Ecrits

La reconception du signe13 (différentiel, non pas ontologique) peut s’appuyer sur ce passage de Saussure :

« vous n’avez plus le droit de diviser, et d’admettre d’un côté le mot, de l’autre sa signification. Cela fait tout un. — Vous pouvez seulement constater le kénôme  et le sème associatif  » ELG, p. 93

Le mot kénôme, ça m’évoque d’abord la théologie paulinienne et le nom de kénose:

« Philippiens 2, 6 : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit (εκένωσεν) lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! »

En théologie, kénose prend le sens d’anéantissement, et quelque part, si on fait le lien avec Saussure, il y a une forme d’anéantissement du signe chez Saussure.

Étymologie :sans doute de kénos, vide — rompt avec l’ontologie du plein ; cf : pas de valeur positive du signe.

« Si l’on se demande où réside l’existence positive du signe, on voit tout de suite qu’il n’en possède aucune » ELG p54

Il n’en possède aucune parce que le signe n’est que relation (cf : schéma p 327).

+ la représentation graphique ne montre pas de séparation entre signifiant et signifié : ça forme un tout.

Séme = ces deux symboles en forme de C se différencient par leur orientation vers l’avant et l’après — et non plus par l’opposition haut / bas (encore un reproche à Lacan avec sa positon inversée entre S/s).

– Cette reconception du signe dans les Écrits est-elle compatible avec l’apport de Lacan ?

Les signifiants chez Lacan, même s’ils sont pris dans des relations différentielles existent indépendamment de leur signifié.. or pour les linguistes c’est une hérésie. Ce reproche a été fait à Lacan depuis longtemps et Michel Arrivé (linguiste) s’est empressé d’y répondre dans les années 80. En gros ce que dit Arrivé, c’est que le signifiant saussurien ne désigne pas la même chose que le signifiant lacanien. (Il faut aussi avoir en tête qu’on ne connaît pas les Écrits de Saussure à cette époque ce qui rend difficile la comparaison.) Mais cette pirouette de M. Arrivé ne tient plus. D’un côté il ne peut pas y avoir un langage avec les signifiants qui se baladent tout seul et de l’autre un langage avec des signifiants et signifiés inséparables !Comme le dit Jacques Coursil, en citant Wittgenstein, il n’y a qu’un langage !

Jacques Coursil [psychanalyste, linguiste et trompettiste jazz] :Jacques Lacan, L’épistémologie R.S.I.

Pour Saussure, le rapport constituant le signe est « arbitraire » alors que pour Lacan, il est « algorithmique ».

J. Coursil, « Jacques Lacan, L’épistémologie R.S.I. »

Saussure : Le parcours saussurien est lévogyre (vers la gauche) selon les termes de Lacan. Il indique que le parcours (signifiésignifiant) n’est pas régie par des règles, il est arbitraire.

Lacan : Le parcours lacanien est dextrogyre (vers la droite). Il indique que le parcours (signifiant ⇐signifié) transite par un jeu de règles, il est calculable (cf : [Milner 95] « Le signifiant est intrinsèquement mathématique, la mathématique est intrinsèquement du signifiant »).

Selon J. Coursil, Lacan ne contredit pas l’ordre du signe saussurien. Il poursuit la définition et la complète.

I = C’est le lieu de rencontre de la langue et des pratiques sociales ( une science des signes dans la vie sociale ) + lieu de rencontre entre des valeurs différentielles de la langue et les activités de la masse parlante. L’imaginaire représente la capacité du sujet à créer du discours. Du côté de la parole.

S = correspond au langage (à tous les systèmes de règles différentielles) + l’imaginaire est produit à partir de formes symboliques.

R = opère comme loi de détachement dans nœud borroméen RSI.

Coupure : marque la division du sujet dans le jeu R.S.I + point d’origine de la boucle est manqué, car dans l’exercice de la langue, le signe ne se répète pas. Il est à chaque fois nouveau. Saussure note : « Quand j’ouvre deux fois, trois fois, cinq fois la bouche pour prononcer aka, la question de savoir si ce que je prononce peut être déclaré ou non identique dépend d’un examen ». (ELG 5b p 31). Dans la langue, la répétition est manquée.

Que fait finalement Lacan : il dit que les grammairiens oublient qu’une langue ça se parle ! ça rappelle exactement ce que Fançois Rastier et Simon Bouquet découvrent dans les Écrits, et qui est absent du CLG.

Lorsque la question du signe est abordée du côté du signe seul on est dans le camp des grammairiens mais lorsque le signe est relié à l’interprétation de son sens on entre du côté de l’herméneutique (Rastier parle d’herméneutique matérielle pour relier question du signe et q° du sens)… donc, rappelez-vous le reproche de Rastier aux éditeurs du CLG : absence d’une vision herméneutique ! Question : existe-t-il une herméneutique chez Lacan ? Oui !

Équivoque chez Lacan et Saussure

Pour le sens commun, l’équivoque, c’est ce qui se prête à avoir plusieurs sens, un sens ambigu, qui entraîne une difficulté d’interprétation.

Saussure : si on se réfère aux ELG, l’équivoque ça signifie qu’un même signe correspond à plusieurs significations, ou qu’une même signification correspond à plusieurs signes= Homonymie et synonymie.14

Mais de cette manière-là, le signe reste relié à la signification. Pour aller plus loin, il faut relier le signe aux autres signes.

Lacan :Et c’est, semble-t-il, dans cette liaison que Lacan extrait le signifiant du signe : extrait pour son caractère différentiel avec les autres signifiants. Ex : « un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant ». On passe d’une conception fermée du signe à 1 conception différentielle.

Pour Lacan, l’équivoque c’est la clé de l’interprétation :

« L’interprétation n’est pas interprétation de sens, mais jeu sur l’équivoque. Ce pourquoi j’ai mis l’accent sur le signifiant dans lalangue… C’est lalangue dont s’opère l’interprétation… L’essentiel qu’il y a dans le jeu de mots, c’est là que doit viser notre interprétation pour n’être pas celle qui nourrit le symptôme de sens…. C’est en tant que dans l’interprétation c’est uniquement sur le signifiant que porte l’intervention analytique que quelque chose peut reculer du champ du symptôme. »15

Lacan relie le sens au symptôme et il délie ce même symptôme en quittant le sens associé au signe, en focalisant sur le signifiant.

Le sens, pour Lacan, doit être pris à la lettre :

« Notre titre fait entendre qu’au delà de cette parole, c’est toute la structure du langage que l’expérience psychanalytique découvre dans l’inconscient. Mais cette lettre comment faut-il la prendre ici ? Tout uniment, à la lettre. »16

On est loin du souci d’interprétation que pose la linguistique et sans doute est-ce là le nouveau nœud qu’il faut arriver à délier entre psychanalyse et linguistique (sémiotique) dans le champ du langage et de la parole…

1Professeur documentaliste en Vendée (85)

2 « désigne un ensemble de courants qui considère que seules l’analyse et la connaissance des faits vérifiés par l’expérience peuvent expliquer les phénomènes du monde sensible. La certitude en est fournie exclusivement par l’expérience scientifique. Il rejette l’introspection, l’intuition et toute approche métaphysique pour expliquer la connaissance des phénomènes. » wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Positivisme

3 fondé su l’herméneutique (l’interprétation + surtout : modèle épistémologique des sciences humaines)

4 Simon Bouquet, La linguistique générale de Ferdinand de Saussure – textes et retour aux textes, 2000.

5P. Maniglier, La pensée structuraliste (2008) http://www.ciepfc.fr/spip.php?article64 + Dilthey, Rickert, Cassirer au 19è !

7Art du discours / linguistique de la parole

8S. Bouquet, La linguistique générale de Saussure (2000) : « Du côté logico-grammmatical, on est frégéen (on analyse la compositionalité atomique du sens). Du côté rhétorico-herméneutique, on prend en compte une approche non-frégéenne (on interprète l’agencement des atomes de sens sur d’autres bases que leur compositionalité) »

9Hjelmslev Louis. Langue et parole. Texto! [en ligne], décembre 2005, vol. X, n°4. http://www.revue-texto.net/Saussure/Sur_Saussure/Hjelmslev_Langue.html

10L’herméneutique matérielle refondue par Rastier : unifie la grammaire et l’usage fait des signes.

11F. Rastier,DE LA SIGNIFICATION AU SENS – POUR UNE SÉMIOTIQUE SANS ONTOLOGIE http://www.revue-texto.net/Inedits/Rastier/Rastier_Semiotique-ontologie.html#V.

15J. Lacan, La troisième.

16J. Lacan, L’instance de la lettre dans l’inconscient (dans Écrits 1).

« La controverse Derrida/Searle autour de la théorie des actes de langage » Marine Manouvrier

DERRIDA
« Le mouvement qu’entame Derrida dans Signature événement contexte va de la description de ce qui est le plus propre au langage écrit dans la première partie, à l’énonciation de la thèse qui défend que ces caractéristiques sont en fait applicables à tout type de langage. Ces caractéristiques sont les suivantes :
a) l’absence du destinataire et de l’émetteur,
b) son itérabilité structurelle qui permet son utilisation dans un autre contexte. Une fois cela posé, il s’attache à relever les apories de la thèse d’Austin à propos des énoncés performatifs. Ceci, comme nous le verrons plus loin, sera très vivement contesté par Searle dans sa Reply et donnera lieu à la fameuse controverse entre les deux philosophes »

AUSTIN

« Austin sera le premier à prendre de la distance par rapport à la vision informationnelle du langage. Le langage ne fait pas que dire quelque chose à propos d’autre chose, c’est-à-dire donner une information. Austin va s’écarter du point de vue classique qui veut qu’un énoncé représente nécessairement quelque chose qui est soit vrai, soit faux, « (je suis assez enclin, je l’avoue, à maltraiter) […] le fétiche vérité-fausseté ». Austin veut explorer une philosophie qui « décriraitla dépendance (du sens) aux usages du langage qui sont les nôtres ». Pour illustrer cela, il se penche sur l’étude du langage ordinaire et plus spécifiquement sur ce que l’on appelle les énoncés performatifs. »

source: La controverse Derrida/Searle autour de la théorie des actes de langage

derrida

Jacques Derrida

Limited Inc.

Présentation et traductions par Elisabeth Weber
 PRÉSENTATION
« Bien qu’il ait d’abord été écrit en français, ce livre de Jacques Derrida est, à bien des égards, la traduction d’un ouvrage américain. Publié en 1989 aux États-Unis, Limited Inc. retrace l’histoire d’un long débat qui commença en 1978 entre Jacques Derrida et John Searle, l’auteur bien connu de Speech Acts. La traduction aux États-Unis de “Signature événement contexte” (essai qui conclut Marges de la philosophie, Minuit, 1972) provoqua une vive réplique du professeur américain. Derrida répondit à son tour dans un long essai qui porte le titre du présent ouvrage. Au cours des douze années suivantes, aussi bien dans les milieux philosophiques que dans ceux de la théorie littéraire, les discussions, les polémiques et les prises de parti se multiplièrent autour de ce premier échange, le compliquant ou l’entraînant vers d’autres enjeux et vers d’autres lieux, aussi bien aux États-Unis qu’en Angleterre, au Japon, en Allemagne et en Italie. C’est pour cette raison que Gerald Graff, théoricien américain de la littérature et des institutions académiques, projeta de rassembler les premiers textes du débat et de les présenter en posant à Derrida une série de questions nouvelles. La réponse à ces questions constitue la longue postface, “Vers une éthique de la discussion”, qui clôt l’ouvrage ici reproduit, en somme, transplanté dans sa forme et dans son contexte d’origine, c’est-à-dire avec ses racines américaines. Mais un contexte se ferme-t-il jamais ? C’est l’une des questions ici débattues – et l’on peut espérer que la portée de cet échange débordera ses données initiales.
Vive et d’apparence parfois violente, à la fois grave et enjouée, livrée par Derrida à une sorte d’ironie expérimentale, cette discussion traite de problèmes nombreux mais entrelacés : l’interprétation et la tradition de la pensée d’Austin, l’auteur célèbre de How to do Things with Words (1962) qui inaugura la théorie des actes de langage ; les malentendus ou les chiasmes paradoxaux entre les pensées dites continentale et anglo-saxonne ; ladite “réception” de la “déconstruction” aux États-Unis ; les rapports entre l’écrit et l’oral ; le statut de la répétition et de la citation ; les oppositions entre langage performatif et langage constatif ; l’énoncé original, la répétition et la citation ; la distinction entre langage sérieux et langage ironique, fictionnel et non fictionnel ; le rôle des règles et des conventions dans l’expérience du discours ; l’équivoque, l’indétermination ou l’indécidabilité dans l’interprétation du texte – parlé ou écrit. À l’horizon, bien entendu, et parfois thématiquement traitées, quelques grandes questions classiques : rhétorique, logique et linguistique, la possibilité d’une philosophie ou d’une science du langage, la possibilité du sens, de la référence et de la vérité, mais aussi de l’éthique et de la politique, aux limites du milieu académique, en lui et hors de lui. À quelles conditions une discussion philosophique serait-elle possible aujourd’hui ? »
Elisabeth Weber
SOMMAIRE
Présentation, par Elisabeth Weber
Avant-propos de l’éditeur américain, par Gerald Graff
Signature événement contexte
« Réitération de différences : réponse à Derrida », par John R. Searle. Résumé par Gerald Graff
Limited Inc., a b c
Postface : Vers une éthique de la discussion

« CONTRE LA COMMUNICATION » Mario Perniola

Image« Ce court ouvrage est un pamphlet virulent contre les mass média et leurs effets redoutables sur la culture, la politique et l’art. À leur toute-puissance, l’auteur oppose un modèle d’économie de biens symboliques, fondé sur un comportement et des modes de vie qu’il voit comme une véritable force directrice de l’avenir. »

source : http://www.editions-lignes.com/CONTRE-LA-COMMUNICATION.html

Sur le site de la Brigade AntiPub :  une fiche de lecture détaillée

Qui a peur du discours universitaire?

Lacan et le discours universitaire par Pierre Macherey

4 discours« […] le discours universitaire, ce n’est après tout que du discours du maître, sous une forme « masquée » et « dénudée », qui parvient plus ou moins bien à dissimuler les effets d’oppression provoqués par le fait qu’il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, d’un discours d’autorité ; et que cette autorité soit celle, personnalisée, d’un maître qui abuse de son pouvoir, ou celle d’un savoir qui se donne comme n’appartenant à personne en particulier, ce qui lui assure une capacité de diffusion en principe illimitée, ne change rien à l’affaire, du moins sur le fond ; car, quelle que soit l’autorité à laquelle on se soumet, celle de quelqu’un ou celle de l’universel, on ne sort pas du cadre imposé par la relation maître-esclave, qu’on la parcoure dans un sens ou dans l’autre, en privilégiant la position occupée par le maître ou celle occupée par l’esclave. De là une ambiguïté, que l’organisation universitaire cultive savamment, en jouant, selon les circonstances, sur l’un ou l’autre de ces deux tableaux, voire même, s’il le faut, sur les deux à la fois, en faisant passer le discours du maître pour du discours universitaire ou en utilisant les moyens violents propres au discours du maître pour mieux faire avaler l’imposture propre au discours universitaire, qui fait passer sa platitude pour de la profondeur. Si Lacan se méfie de l’université, dont il est loin de sous-estimer les capacités de nuisance, c’est parce qu’il soupçonne qu’elle a poussé l’art de brouiller les cartes, l’art de la triche, à un degré de perfection indépassable, fort dérangeant en dernière instance. Les insurgés de l’heure croient que l’université n’est qu’un château de cartes, et qu’un coup de pouce suffira pour l’abattre : c’est qu’ils ne se rendent pas compte de la puissance réelle dont elle dispose en tant qu’institution, qui n’ouvre ses portes aux assaillants que pour mieux les attirer à l’intérieur et se refermer sur eux comme un piège, dans lequel, en continuant à pousser leurs risibles cris de révolte, ils tombent à pieds joints. Les esclaves, les exploités du système, se figurent qu’ils vont se réapproprier le savoir, en l’arrachant à la domination des maîtres : ce faisant, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils ne font que déplacer le rapport d’exploitation dont ils sont les victimes, dans le vain espoir de le faire tourner à leur profit, alors qu’en réalité ils le reconduisent sous d’autres formes, probablement plus pernicieuses encore. »

Ferdinand de Saussure: Leçon de linguistique générale – 100e anniversaire

Le Cercle Ferdinand de Saussure de Genève vous présente, à l’occasion de son 100e anniversaire, la leçon de linguistique générale de Ferdinand de Saussure à l’Université de Genève le 23 mai 1911 telle qu’on peut la reconstituer à partir des notes d’Émile Constantin. Elle est mise en scène et interprétée par Armen Godel, comédien.

« Bukowski, born into this » film de John Dullaghan

« Bukowski, born into this est un reportage réalisé par John Dullaghan sur le célèbre écrivain américain à partir d’images d’archive et de témoignages de ses proches tels que FranEyE (la mère de sa fille), Marina (sa fille), Linda Lee (sa dernière compagne), Joyce Fante, quelques-unes de celles qui furent ses maîtresses, mais aussi Barbet Schroeder, Tom Waits, Sean Penn ou Bono.
Alors bien sûr, John Dullaghan n’évite pas les clichés. Le film débute par un document d’archive offrant le spectacle d’un Bukowski complètement bourré lors d’une lecture, menaçant de partir si on ne lui apporte pas immédiatement une autre bouteille de vin. Certains organisateurs connaissant le phénomène installeront sur la scène, en plus de la table et de la chaise de rigueur, un frigo plein… On le voit une autre fois boire verre sur verre (bouteille sur bouteille) et vomir juste avant d’entrer en scène. On le voit injurier les caméras ou mettre des coups de pied à sa femme, etc. Il y a aussi les anecdotes racontées par ses copains pochtrons : Bukowski courant dans les rues la bite à la main, etc. Il faut dire que les soirées étaient terriblement arrosées : Steve Richmond, un poète et ami, jure devant Dieu le plus sérieusement du monde avoir vu un soir Bukowski rapetisser au point de ne plus mesurer que soixante-quinze centimètres…
Bukowski s’exprime plusieurs fois à ce sujet et crée sa légende : ‘L’alcool est comme une symphonie, une chanson classique. Ça sert, non pas à calmer, mais à s’élancer vers le ciel quand on souffre ou qu’on est sous pression.' »
Hank vs Mickey, Éric Bonnargent