Lieux de savoir – C. Jacob

Lieux de savoir : Tome 2, Les mains de l’intellect

« Dans ce deuxième tome, composé de 57 contributions, l’enquête porte particulièrement sur les gestes, les instruments et les procédures qui donnent forme à tout type de connaissance. Par pratiques de savoir, on entend l’ensemble des gestes et des procédures qui se déploient sur un arc continu, depuis les opérations matérielles et techniques jusqu’aux opérations intellectuelles. Dans cette perspective, on étudiera les gestes du maniement des livres, de la collection et de la mise en ordre des choses, mais aussi la production des signes et des inscriptions sur des supports matériels, tablettes, rouleaux de papyrus, codices et livres imprimés, médias numériques (De l’art du bonsaï à l’observation au microscope en biologie cellulaire, par exemple). D’autre part, les pratiques intellectuelles, interpréter, raisonner, démontrer, critiquer, comparer, formuler une idée ou élaborer un modèle abstrait, seront considérées comme autant de gestes par lesquels des philosophes, des physiciens, des grammairiens, des astronomes, des exégètes, des sages construisent des objets de savoir, mais aussi s’approprient l’espace, le temps historique, le monde visible et invisible, le sens des textes ou la vérité des doctrines (De l’écriture des mathématiques à l’atelier de Michel Foucault notamment). »
4ème de couverture

Page d’accueil – archive

L’enseignement du professeur documentaliste est actuellement fondé sur les sciences de l’information et de la communication. Par ce blog, je voudrais participer à la fondation de notre enseignement sur les sciences de la culture.

Comme point de départ, il y a le constat que les documents de nos médiathèques d’établissement, présents physiquement (papier) ou dématérialisés (numérique), n’ont de raison d’être dans notre enseignement que pour l’acquisition de compétences et savoirs informationnels. Alors se pose la question des contenus: quelle place prenons-nous face à ces objets culturels, porteurs de sens susceptibles de constituer des savoirs? Est-il acceptable que nous proposions une formation à l’information, aux accents méthodologiques, inattentive aux contenus documentaires? Les compétences et savoirs procéduraux en information-documentation ne pourraient-ils pas être l’affaire de toutes les disciplines? N’est-il pas prioritaire de confronter les élèves aux contenus culturels, par la critique notamment ou l’interprétation? N’est-il pas urgent de contrer l’idéologie techniciste du learning centre, et son avatar le Centre de Connaissances et de Culture (3C), par une approche nouvelle des savoirs et des contenus? Aborder les savoirs sous l’angle de la culture, c’est proposer une approche singulière, distincte des programmes disciplinaires et des sciences de l’information.

Que vise-t-on? Un retour au sens des documents par l’enseignement de la culture. Enseigner la culture (à distinguer de l’enseignement de la culture générale) -sa polysémie, ses domaines, ses interactions, ses manifestations, ses histoires et ses évolutions, ses apports, sa transmission, etc.- aux élèves, dans un cadre pluridisciplinaire empruntant aux sciences de la culture, et aborder le document par les sciences de la culture. Celles-ci offrent alors une assise théorique permettant de définir notre champ d’action pédagogique.

Qu’appelle-t-on sciences de la culture? Écoutons François Rastier: « […] les sciences humaines et sociales font l’objet de demandes pressantes concernant le sens, et nouent des liens nouveaux avec les sciences de la vie, la paléontologie, l’éthologie, la génétique des populations, pour éclairer la genèse de l’espèce humaine, des cultures, des ethnies, des individus. Les réflexions sur le développement du langage et des autres systèmes de signes prennent un nouvel essor. Tout cela dessine le contour d’un nouveau continent scientifique, celui des sciences de la culture. »¹

Mais à l’instar des sciences de l’information, issues de la pluridisciplinarité, constituées récemment relativement aux disciplines traditionnelles jusqu’à devenir en 1975 la 71ème section du CNU (Conseil national des universités), les sciences de la culture sont encore aujourd’hui en quête d’identité. Des questions demeurent: les Sciences de la Culture sont-elles la traduction des cultural studies (approches non académiques des cultures), voire des Kulturwissenschaften? Pourquoi tentent-elles de fédérer autour du concept de culture les sciences humaines et sociales? Quels liens et frontières entre « études culturelles » (cultural studies), culturologie et sciences de la culture? Quelle méthodologie (herméneutique, critique) pour les sciences de la culture? Quel liant pour ces sciences (une sémiotique des cultures, une philosophie de la culture)? Quels contenus? etc. Les contributions sur ce blog seront l’occasion d’y voir un peu plus clair et de cerner le champ qui nous est propre. N’hésitez pas à proposer vos contributions.

« Le père fondateur [Paul Otlet] de la bibliographie, qui entendait inventer un système permettant la mutualisation et le partage des fruits du génie humain, verrait aujourd’hui son rêve transformé en un système de sélection, et son utopie réduite à un knowledge mapping, résultat d’un agglomérat sans âme de critères, de recoupement de grilles et de faisceau d’indices. »

Barbéris Isabelle, Le cauchemar de Paul Otlet, Cités, 2009/1 n° 37, p. 9-11.

« Apprendre pour transmettre – L’éducation contre l’idéologie managériale » F. Rastier

François Rastier, ApprImageendre pour transmettre

Paris : PUF, coll. « Souffrance et théorie », 2013.

EAN 9782130619482.

256 p.

Prix 21EUR

Présentation de l’éditeur :

En questionnant les conceptions implicites des langues et de la culture qui sont aujourd’hui de mise, cet essai souligne les limites des théories de la communication et de la cognition qui entendent se partager sans reste l’enseignement et la recherche.
De l’école à l’université, la même idéologie managériale restreint en effet le contenu des disciplines au profit d’activités diverses, remplace les connaissances par des « compétences » et multiplie les évaluations concurrentielles, comme si l’éducation n’était qu’une préparation à l’emploi et l’homme une « ressource » humaine.
Mais la société ne se réduit pas à l’économie : une autre conception de la culture se dessine avec la richesse de l’enseignement des langues et la diversité des sciences sociales. Afin d’empêcher l’idéologie managériale et les intérêts privés de contrôler l’éducation, un projet ambitieux doit promouvoir une conception cosmopolitique de la connaissance. Pour cela, il peut s’appuyer sur la diversité des cultures, des langues et des œuvres.

François Rastier, directeur de recherche au CNRS, est linguiste, spécialisé en sémantique. Son projet intellectuel se situe dans le cadre général d’une sémiotique des cultures. Il a publié aux Puf Sémantique interprétative, Sémantique et recherches cognitives et Arts et sciences du texte.

source: fabula.org

« Sciences de la culture – une perspective du traduire » Doris Bachmann-Medick / Boris Buden

« Doris Bachmann-Medick : D’après ce que j’ai dit au préalable, les sciences de la culture pourraient être comprises comme des sciences du traduire. Il faut entendre cela de manière tout à fait littérale : comme un effort de traduction entre diverses cultures et savoirs en relation avec les sciences de la culture elle-même. En effet, non seulement celles-ci ne sont pas unitaires (Cf. les différences entre Cultural Studies, Sciences de la culture, sciences de l’homme etc.), mais elles sont en outre imprégnées d’hégémonie. En raison de leurs emprunts, avant tout à des incitations théoriques américaines, les cultural turns reposent immanquablement sur de telles hégémonies théoriques. Car il est de fait que ce sont, avant tout, des incitations américaines qui sont prioritairement reçues dans notre pays. Il vaudrait la peine d’entamer une réflexion critique et un contre mouvement sur ce fait que, des incitations de l’analyse culturelle par exemple françaises, espagnoles, d’Europe de l’est et d’autres n’entrent guère en ligne de compte. Un exemple d’une première ébauche d’une telle démarche est la revue franco-allemande Trivium, qui vient juste de paraître, et qui aspire essentiellement à des « regards croisés » entre les deux cultures de savoir. »

source : http://eipcp.net/transversal/0908/bachmannmedick-buden/fr

Doris Bachmann-Medick, Cultural Turns. Neuorientierungen in den Kulturwissenschaften, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt 2006, (2ème éd. 2007).

« Une théorie scientifique de la culture » Malinowski

Ouvrage posthume de Bronislaw Malinowski, Une théorie scientifique de la culture (1944), comprend trois parties : « Une théorie scientifique de la culture »; « La théorie fonctionnelle »; « Réflexions critiques sur la vie de James Georges Frazer ». Ce livre synthétise les théories de celui qui fut considéré comme le fondateur de l’anthropologie, cette « science. de l’homme en général, discipline sans portefeuille, la plus universelle de toutes » selon les propres termes de Malinowski. On y trouve, en effet, une analyse des idées de Frazer qui eurent d’abord une grande importance pour ses premiers pas d’anthropologue et un développement sur la théorie des besoins, c’est-à-dire « le système de conditions qui, dans l’organisme humain, dans le cadre culturel et dans le rapport qu’ils entretiennent tous deux avec le milieu naturel, sont nécessaires et suffisantes pour que le groupe et l’organisme survivent ».

L’auteur: Né à Cracovie en 1884, Bronislaw Malinowski qui se destine d’abord à la physique et aux mathématiques est contraint par la maladie de modifier le cours de ses études. Il découvre l’oeuvre de Frazer et s’inscrit à son École, à Londres. Il rédige sa thèse de doctorat sur « la famille, chez les aborigènes d’Australie ». Il passera deux années avec les Trobriands, rompant pratiquement tout contact avec les civilisations évoluées techniquement de manière à mieux se mêler aux indigènes, de manière à mieux comprendre, leur culture par l’intérieur. Le livre qu’il publie en 1922, Les argonautes du Pacifique occidental, lui donne une renommée mondiale et illustre déjà sa manière de concevoir l’étude anthropologique. Pour Malinowski, étudier une société primitive c’est saisir les buts qu’elle vise, déterminer les moyens qu’elle emploie pour les réaliser, voir ce qu’elle est pour savoir ce qu’elle a été : coutumes, objets matériels, idées, croyance, constituent les éléments d’une totalité organique dans laquelle chaque élément culturel n’a de raison d’être et de sens que par rapport aux éléments voisins, à la société tout entière.

François Maspero (source : http://classiques.uqac.ca/classiques/malinowsli/theorie_culture/theorie_culture_quoi.html)

« L’écrivain, un objet culturel » David Martens, Myriam Watthée-Delmotte (dir.)

L'écrivain, un objet culturelPrésentation de l’éditeur

Comment donne-t-on à voir les écrivains ? Quels aspects sont-ils convoqués et à quelles fins, dans quels types de discours (politique, philosophique, psychologique, religieux…) ? Comment les arts graphiques, la photographie, le cinéma, les performances… contribuent-ils à l’appréhension des auteurs ? Dans quelle mesure et pourquoi une vision particulière d’un écrivain peut-elle, à un moment, s’imposer, disparaître, s’éloigner du discours auctorial ? Quelles sont les formes d’idolâtrie ou d’iconoclasme que les figurations traduisent, et selon quelles axiologies ? C’est à ces interrogations, qui mettent en question ce qu’est la littérature et ce que sont les écrivains, que se consacrent les contributions rassemblées dans le présent ouvrage.

source : http://lectures.revues.org/10264

« Cassirer et la philosophie de la culture » Christian BERNER

« De la Philosophie des formes symboliques (1923-1929), caractérisée dans la Logique des sciences de la culture comme des « prolégomènes d’une future philosophie de la culture », à l’Essai sur l’homme (sous-titré : Introduction à une philosophie de la culture humaine [1944]), la philosophie de Cassirer prend progressivement conscience d’elle-même comme réflexion sur la culture. Nous en esquisserons les grandes lignes à partir du contexte historique de la question des sciences de la culture, nous retracerons la méthode transcendantalemise en œuvre dans la Philosophie des formes symboliques, avant d’en venir à la transformation de la philosophie en anthropologie. Les perspectives épistémologiques rencontreront la dimension éthique de la pensée de Cassirer, notamment dans sa discussion de Simmel et sa critique de Heidegger, permettant de dégager les implications du concept de culture dans le prolongement de l’idéalisme critique. Pour l’étayer, nous aurons recours à des formes spécifiques comme le langage, le mythe, la technique. »

TOURS 19 janvier 2010

source : http://philosophie.tice.ac-orleans-tours.fr/php5/wp-content/uploads/2010/01/cassirer-tours-culture.pdf

« Logique des sciences de la culture » Ernst Cassirer

Quatrième de couverture :

« Publiées en 1942, ces cinq études constituent l’un des tout derniers ouvrages d’Ernst Cassirer. On peut les considérer comme un véritable testament intellectuel car elles reprennent, en les approfondissant, les thèses essentielles de l’œuvre développées dans La Philosophie des formes symboliques.

La question posée est bien celle de la fondation des « sciences de l’homme » : quelles sont les conditions de possibilité de l’objectivité dans les sciences de la culture ? Si le fait culturel est susceptible d’être abordé sous l’angle de l’explication, son caractère spécifique de phénomène humain exige également une interprétation. Cassirer construit donc une science herméneutique. L’existence et la connaissance culturelles sont cernées au moyen d’une conception globale qui permet d’envisager le problème de l’objectivité des sciences de la culture dans tous ses aspects essentiels.

Jetant les bases d’une vaste herméneutique critique, cet ouvrage remet en cause la présentation doublement réductrice que l’on a parfois donnée de l’œuvre de Cassirer : néokantisme épistémologique ou historicisme sans principes. Véritable discours de la méthode, son intérêt est double : il fait apparaître l’unité de l’œuvre cassirérienne, et il renouvelle la réflexion sur l’univers historique de la culture. »

source : http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=4640

« L’histoire de l’art : un paradigme pour penser la logique des sciences de la culture » Muriel van Vliet

Revue Appareil, Numéros / n° 9 – 2012

Résumé :
« Comment penser la méthode et la spécificité propres aux sciences de la culture ? C’est à la possibilité pour l’histoire de l’art de constituer un paradigme pour les Kulturwissenschaften que le présent article est consacré. Partant des analyses de Foucault sur l’histoire de l’épistémologie des sciences, il montrera, avec Cassirer, la double valeur de l’histoire de l’art qui permet, négativement, d’indiquer l’insuffisance des fondations psychologique, physique ou historique des sciences de la culture et, positivement, d’insister sur les concepts de forme et de structure inhérents à ces disciplines. »

Plan:

1. Foucault et l’archéologie des sciences humaines. Quel paradigme pour les sciences de la culture?

2. La Logique des sciences de la culture selon Cassirer : quelle place pour l’histoire de l’art dans cette constellation du savoir ?

3. Critique des sciences de la culture

3. 1. Critique du modèle psychologique (Cassirer contre Dilthey)

3. 2. Insuffisance du modèle des sciences de la nature (Cassirer contre Sainte-Beuve et Taine)

3. 3. Insuffisance du modèle historique (Cassirer contre Windelband)

3. 4. Les sciences de la culture n’ont pas pour objet des valeurs invisibles, objectives ou idéales (Cassirer contre H. Rickert)

4. L’histoire de l’art comme paradigme des sciences de la culture

accéder à l’article en ligne : ici.

« Ernst Cassirer et l’art comme forme symbolique » Muriel Van Vliet (dir.)

« Ernst Cassirer et l’art comme forme symbolique », Muriel Van Vliet (dir.), Presses universitaires de Rennes, 2010, www.pur-editions.fr

introduction

Table des matières

Les auteurs

4ème de couverture :

« Cet ensemble d’essais consacrés à l’esthétique de E. Cassirer (1874-1945) permet de s’interroger sur la place et la fonction de l’art dans l’ensemble de la culture, par contraste avec les autres formes symboliques que sont le langage, la pensée mythique et la science. L’espace, le temps et la couleur y sont appréhendés du point de vue d’une phénoménologie de la perception et d’une théorie de l’art dont Maurice Merleau-Ponty s’est inspiré.
La théorie de la signification de l’image que Cassirer développe ouvre un dialogue fructueux avec les pères de l’histoire de l’art de son temps : A. Warburg, H. Wölfflin, E. Panofsky. L’art se définit comme un espace de vie où l’homme expérimente des possibles tout en réfléchissant activement à sa manière de « faire des mondes ». L’artiste explore les fonctions de sens que sont l’expression, la présentation et la symbolique pure – analogue à la signification pure des langages formels mathématiques. L’abstraction atteinte dans l’art de Klee ou de Kandinsky permet de dégager avec une liberté maximale les éléments d’une « logique » où formes et couleurs sont purement symboliques. Cette logique rend caduque la conception de l’art comme reflet de la réalité. L’autonomie du champ artistique est ainsi progressivement gagnée autour des concepts d’œuvre, de création et d’individu. »

source: Presses universitaires de Rennes (2010) http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2454

Quelques renseignements précieux sur la « querelle des méthodes »: plus complexe qu’une simple opposition entre méthode déductive et inductive !

Rationalité Limitée

Je m’en vais vous compter ce matin une histoire que tout historien de la pensée économique connait, mais reste inconnu pour le reste du monde, les économistes y compris. Cette histoire, c’est celle de la « Querelle des méthodes », ou encore appelée Methodenstreit en allemand. De manière similaire à la philosophie scolastique au Moyen âge (la Querelle des Universaux) et à la sociologie à la fin du 19ème siècle, l’économie a en effet connu sa dispute méthodologique. Cette querelle a pris place en Allemagne et en Autriche, essentiellement dans les années 1870 et 1880, et a opposé deux illustres économistes : l’allemand Gustav Schmoller (1838-1917) et l’autrichien Carl Menger (1840-1921).

View original post 1 926 mots de plus

« L’ACTION ET LE SENS POUR UNE SÉMIOTIQUE DES CULTURES » François RASTIER

« La sémiotique des cultures n’est pas à vrai dire une discipline, mais le projet même de redéfinir la spécificité des sciences humaines et sociales : les cultures embrassent la totalité des faits humains, jusqu’à la formation des sujets. Elles restent cependant difficiles à concevoir, faute précisément d’un point de vue sémiotique sur la culture. En d’autres termes, c’est la reconnaissance de la spécificité et de l’autonomie relative du monde sémiotique qui permet de délimiter le champ des sciences de la culture, et d’en finir avec le dualisme traditionnel qui commande la division proposée par Dilthey entre les « sciences de la nature  » (Naturwissenschaften) et les « sciences de l’esprit  » (Geisteswissenschaften). » Extrait du chapitre 4.4: L’unité problématique des sciences de la culture

RÉSUMÉ

Les théories sémiotiques se sont longtemps attachées à produire des typologies des signes, rapportés aux opérations abstraites de l’esprit — dans une universalité postulée. Or, pour développer leur interdisciplinarité en respectant leur diversité, les sciences sociales ont plutôt besoin d’une théorie des pratiques créatrices et porteuses de sens, bref d’une théorie de l’action ou praxéologie qui ne soit pas simplement extrapolée de la production technique ou de la création artistique.
Après un rappel du cousinage entre la linguistique comparée et l’anthropologie moderne, une interrogation sur la spécificité des langues conduit à distinguer une organisation ternaire des zones anthropiques qui divisent les mondes culturels. Le régime sémiotique des pratiques est ensuite problématisé une typologie générale des actions situées.
Des directions de recherches sont enfin esquissées pour souligner le caractère interdisciplinaire du problème de l’action.

source : http://www.revue-texto.net/Inedits/Rastier/Rastier_Action.html

SOMMAIRE

1. Le fondement anthropologique de la linguistique historique et comparée
1.1. Pour une épistémologie de la diversité.
1.2. Fondement anthropologique de la sémiotique
2. Les zones anthropiques
2.1. Action et couplage
2.2. Les ruptures catégorielles
2.3. Les trois zones
2.4. Les conditions de transmission de l’entour
2.5. Les médiateurs et les modes de la médiation
2.6. Les deux médiations
3. Pour une typologie des actions situées
4. Directions de recherche
4.1. Les modes d’objectivation
4.2. L’éthique
4.3. L’action, problème interdisciplinaire
4.4. L’unité problématique des sciences de la culture

 

« Objets et performances sémiotiques. L’objectivation critique dans les sciences de la culture » François Rastier

Actes du colloque L’homme sémiotique, Namur, 19-21 avril 2010

Résumé :

La réflexion sur l’objet culturel intéresse l’épistémologie des sciences humaines et leur permet de se distinguer tout à la fois de la culturologie et des cultural studies. Elle doit par ailleurs leur permettre de mieux répondre aux demandes sociales, des pratiques artistiques jusqu’à la recherche d’informations. Elle valide aussi la légitimité de l’exception culturelle à la mondialisation, qui interdit de considérer les objets culturels comme de quelconques marchandises.
Moments stabilisés de pratiques de production et d’interprétation, les objets culturels sont des moyens et résultats des performances (au sens de cours d’action complexes) : aussi ne relèvent-ils pas d’ontologies, mais d’une praxéologie.
Dans le cadre d’une anthropologie sémiotique, on proposera une typologie des objets culturels. N’avons-nous le choix qu’entre les fétiches et les idoles ? Du vase grec à la monnaie, on donnera quelques exemples problématiques. À contre-courant des florissants programmes de naturalisation, notre propos s’engagera dans la direction d’une complète culturalisation du sens.
Cette étude interdisciplinaire adopte le point de vue de la sémantique linguistique pour distinguer les phases de la constitution et de l’interprétation des objets culturels : sémiotisation, sémantisation, textualisation. Elle projette une sémiotique des interrelations entre les textes et les autres performances sémiotiques.

Accéder au document en ligne : ici.

« Le parcours de Cassirer : de l’épistémologie néo-kantienne à une théorie sémiotique de la culture » Jean Lassègue

Sommaire:

1. La Philosophie des formes symboliques comme renouvellement de la perspective transcendantale (1910-1923)
11. Substance et Fonction (1910)
12. La théorie de la relativité d’Einstein (1921)
13. La philosophie des formes symboliques (1923 -1929)
2. La confiance à l’égard de la langue naturelle : le mythe et le rite
21. Une co-constitution du mythe et du langage
22. Une identité du mythe et du rite en tant que visant l’action efficace
23. Un caractère essentiellement métaphorique de l’activité sémiotique
3. La défiance à l’égard de la langue naturelle : deux cas de crise
31. La naissance conjointe de la philosophie et de la science
32. La crise contemporaine du symbolique : Cassirer / Carnap, Cassirer / Heidegger
321. Le rapport Cassirer / Carnap-Cercle de Vienne
322. Le rapport Cassirer /Heidegger
323. Le diagnostic portant sur la crise allemande
4. Caractérisation de la notion de forme symbolique
41. Trans-domanialité
42. Transmissibilité
43. Auto-évaluation
44. Opacité
Conclusion

source : http://formes-symboliques.org/article.php3?id_article=174

« Georg Simmel et les sciences de la culture » Jean-François Côté, Alain Deneault

Résumé :

Sous la direction de Jean-François Côté et Alain Deneault

La réception de l’œuvre de Georg Simmel dans le monde francophone a suscité depuis une vingtaine d’années de nombreuses présentations et des commentaires détaillés. Mais peu de travaux ont jusqu’ici entrepris une discussion critique et élargie de cette œuvre en la mettant en rapport avec d’autres disciplines (économie, philosophie, psychanalyse, sociologie, histoire, esthétique) et en la confrontant aux questions, aux débats et aux auteurs (Hegel, Husserl, Lacan, etc.) avec lesquels elle entretient des liens implicites. Le présent ouvrage met en rapport cette œuvre avec le domaine élargi des sciences de la culture, afin de faire ressortir à la fois l’originalité et la singularité de l’approche simmelienne dans ses rapports aux disciplines qu’elle a côtoyées. Les contributions rassemblées ici entreprennent ainsi un nouveau cycle dans la réception de l’œuvre de Simmel, en la mettant en rapport actif et dialectique avec la réflexion des sciences de la culture de tout le xxe siècle.

Textes de Marie-Laurence Bordeleau-Payer, Jean-François Côté, Alain Deneault, Louis Jacob, Jean-François Morissette, Maude Pugliese, Michel Ratté, Magali Uhl et Patrick Watier.

source : http://www.pulaval.com/catalogue/georg-simmel-
les-sciences-culture-9573.html

« On ne traite pas des œuvres et on traite des textes en terme de documents. Il y a une surdocumentarisation. Les documents sont d’ailleurs réduits à leurs métadonnées, on n’accède plus qu’à leurs métadonnées. Les métadonnées servent à oublier les données. De la même façon que les documents ont servi à faire oublier les textes. Et que les textes ont servi à oublier les œuvres. »
François Rastier, Des documents aux œuvres (colloque de Cerisy, 6-13 juillet 2012)

Documents, Textes, Oeuvres — Colloque de Cerisy (6 au 13 juillet 2012)

DIRECTION : Driss ABLALI, Sémir BADIR, Dominique DUCARD

Avec la participation de François RASTIER

ARGUMENT

François Rastier œuvre à l’élaboration d’une théorie d’ensemble du texte, pour dépasser les limites de fait où s’est longtemps tenue la linguistique et articuler différents paliers de complexité. Le texte, ainsi placé au centre de la réflexion sur la langue et les arts du langage, devient l’objet empirique de la linguistique. Unité « minimale » de la description, il exige la constitution critique des documents dans un corpus et appelle des méthodes d’analyse qui fassent droit à la déontologie herméneutique. Enfin, comme les textes sont des actes qui portent des valeurs, tant éthiques qu’esthétiques, il est légitime de préciser comment ils deviennent des œuvres, engagées dans une transmission.

Le présent colloque invite à dialoguer à partir des travaux de François Rastier, à en montrer les applications et les incidences dans divers domaines (études littéraires, linguistique, philologie numérique, sémiotique…). Ni bilan prématuré, ni hommage académique, il permettra d’exposer des travaux en cours et de préciser des recherches à venir, en laissant place aux débats sur les nouveaux observables, sur la méthodologie historique et comparative et sur l’épistémologie des sciences de la culture.

source : http://www.ccic-cerisy.asso.fr/rastier12.html 

INTERVENTIONS

ABLALI D., BADIR S., DUCARD D., RASTIER F.
Documents, Textes, Oeuvres

Introduction au Colloque de Cerisy (6 au 13 juillet 2012)
Résumé: François Rastier œuvre à l’élaboration d’une théorie d’ensemble du texte, pour dépasser les limites de fait où s’est longtemps tenue la linguistique et articuler différents paliers de complexité. Pour écouter l’introduction du colloque, téléchargement ici.
CRISTIAN BOTA
Résumé  : Dans ce texte d’introduction à la traduction et la publication en italien d’une anthologie de textes d’Eugenio Coseriu consacrés à la philosophie du langage, Cristian Bota présente le parcours intellectuel et les positions épistémologiques et gnoséologiques du linguiste.
FRANÇOISE CANON-ROGER et CHRISTINE CHOLLIER
Résumé  : VIENT DE PARAÎTRE Cet ouvrage présente dix études sur la détermination des textes par leur genre. Ces études portent à chaque fois sur un texte de littérature irlandaise et sur un texte de littérature nord-américaine. Elles s’inspirent d’une hypothèse formulée par la Sémantique des Textes et elles la mettent à l’épreuve des oeuvres. Une fois construite, la détermination des textes et des passages par le genre dont ils relèvent mène à leur spécificité. L’influence du niveau global (genre ou texte) sur le local (texte ou passage) n’empêche en aucun cas l’action rétroactive du passage sur le texte entier : le « passage » est donc un point d’accès au texte dans la mesure où le global passe par lui.
JEAN LASSÈGUE
Résumé  : Actes d’un colloque comprenant : Présentation (Jean Lassègue), Biological substrates of human kinship : the view from life history theory and evolutionary ecology (Camilla Power), Revisiting matrilineal priority (Chris Knught), Tetradic theory and the origin of human kinship systems (Nick Allen).
ANJE MÜLLER GJESDAL
Résumé  : Après une évaluation des théories de la signification, l’auteur s’attache à la place de ON dans la sémantique de l’énoncé, considérée dans ses liens avec la morphosyntaxe. Elle privilégie pour cela une approche contextuelle qui permet ensuite l’extension de la recherche à l’analyse textuelle à des corpus scientifiques et à une œuvre littéraire (L’excès — L’usine de Leslie Kaplan). L’étude prend pour cadre théorique la sémantique des textes.
TERESA OROZCO
Résumé  : Le livre de Teresa Orozco sur l’activité intellectuelle de Gadamer sous le national-socialisme permet de comprendre le rôle de l’intellectuel en politique autrement que par le biais de ses prises de position publiques et de son militantisme partisan. C’est par ses interprétations de la philosophie antique que Gadamer théorise ses ralliements, faisant de la politique platonicienne notamment une surface de projection autorisant la mise au pas des intellectuels ou la soumission de tous à l’ordre étatique, transfigurées en renvoi des sophistes hors de la cité idéale et en obéissance des « gardiens » à l’ordre juste.
VERÓNICA PORTILLO SERRANO
Résumé  : Ce travail de recherche a pour objet deux axes d’étude qui convergent vers la notion de genre au sein des sciences du langage. Le premier axe d’étude a pour objectif général de montrer la place que cette notion occupe dans diverses disciplines qui l’ont traitée de façon plus accentuée à partir des années quatre-vingts du XXe siècle en France. Dans ce premier axe la notion de type de texte, qui est proche de celle de genre, est également convoquée afin de rendre compte du rôle des typologies textuelles et des genres en didactique du français langue maternelle et du français langue étrangère. Une analyse portant sur le cadre épistémologique qui sous-tend des disciplines telles que la grammaire textuelle, la linguistique textuelle et l’analyse du discours qui ont traité les notions de type et de genre est proposée afin de comprendre les raisons pour lesquelles ces disciplines n’ont pas élaboré de théories des genres. Le second axe d’étude propose une réflexion – au sein d’une problématique dans laquelle sont abordées des questions telles que l’interprétation et la transmission – sur un genre scolaire qui est ancré dans l’enseignement secondaire et universitaire en France et au Mexique : le résumé scolaire. Cette réflexion a vu le jour grâce à l’analyse sémantique d’un corpus constitué de deux articles d’opinion (l’un en français et l’autre en espagnol) et de leurs réécritures par des étudiants français et mexicains en langues vivantes dans une faculté de lettres. L’objectif de cette analyse sémantique a été de mettre à l’épreuve l’hypothèse selon laquelle les réécritures de ces étudiants ne sont pas des condensés, ni des réductions, ni des contractions de leurs textes-source mais de nouveaux textes qui actualisent des éléments sémantiques absents dans ces textes-source. La démarche méthodologique permettant la constitution du corpus objet de notre analyse et de sa description a trouvé ses fondements dans la « Sémantique interprétative » de François Rastier.
FRANÇOIS RASTIER
Résumé: L’auteur entend présenter les principes de la sémantique interprétative, puis situer ce courant de recherche au sein de la linguistique et de la sémiotique, pour évoquer enfin ses perspectives.
FRANÇOIS RASTIER
Des documents aux oeuvres

Colloque de Cerisy (6 au 13 juillet 2012)
Résumé  : François Rastier souhaite synthétiser des acquis de l’herméneutique et de la philologie pour promouvoir une sémantique des textes historique et comparée, appuyée sur la linguistique de corpus. Son projet intellectuel se situe dans le cadre général d’une sémiotique des cultures.
FRANÇOIS RASTIER
Clôture du colloque

Colloque de Cerisy (6 au 13 juillet 2012)
Résumé  : Conclusion du colloque par François Rastier
source : http://www.revue-texto.net/index.php?id=58 

« Performances et objets culturels: nouvelles perspectives » Sous la direction de Louis Hébert et Lucie Guillemette

Performances et objets culturels- nouvelles perspectives

Performances et objets culturels: Nouvelles perspectives. Sous la direction de Louis Hébert (Université du Québec à Rimouski) et Lucie Guillemette (Université du Québec à Trois-Rivières). Québec : Presses universitaires de Laval, 2012. EAN 9782763790558. Prix 59,95CAND. 538 p.

Extrait de la présentation de l’éditeur :

« En guise d’introduction à ce livre, posons quelques balises pour l’étude des performances culturelles et des objets qu’elles produisent à leur terme.

Nature et culture

La culture est traditionnellement interdéfinie avec la nature. L’homme est tantôt tiré du côté de la nature – par exemple, en tant qu’animal raisonnable –, tantôt du côté de la culture – par exemple en tant que maître adamique de la nature –, tantôt placé comme médiateur entre les deux – n’a-t-il pas et un corps et un esprit, n’est-il pas la nature produisant la culture à travers ses objets (matériels ou idéels) ? Cette prééminence de l’humain est contestée, et l’on parle maintenant de cultures animales : alors « l’innovation et sa transmission ne suffisent pas à définir la spécificité des cultures humaines ; c’est la diversification et l’autoréflexion des pratiques techniques et sémiotiques qui les distingue » (Rastier, 2002 : 5). La nature de la culture, de l’objet et de la performance culturels, déjà problématique, s’en trouve modifiée.

Nature polyculturelle des objets

Performances et objets appartiennent à une série circoncentrique de zones culturelles d’étendues croissantes. C’est que les cultures connaissent des paliers descriptifs, de la zone culturelle minimale à la zone culturelle maximale. Si l’on peut sans doute à bon escient parler de culture ethnique, sociétale, nationale, où s’arrête la culture transnationale : peut-on parler, par exemple, d’une culture européenne, d’une culture occidentale et, pourquoi pas, planétaire ? Où commence la culture : une profession, une entreprise (on parle couramment de « culture d’entreprise »), une institution, une ville sont-elles coextensives d’une culture particulière ? Chose certaine, des relations hiérarchiques s’établissent entre différents paliers culturels si bien que l’on peut parler d’usages, normé ou non, d’une culture. Proposons d’appliquer à la culture le traitement qu’Humboldt (Rastier, 2002 : 244) a fait des langues : les cultures doivent non seulement être envisagées dans leur diversité mais dans leur diversité interne et jusque dans les usages individuels qui en sont faits.

Une même performance, un même objet peut appartenir à des zones culturelles distinctes d’un même palier descriptif. Deux cultures peuvent se fondre partiellement ou complètement ou une nouvelle culture peut émerger plus ou moins complètement d’une autre culture. Se posent alors la question de la pondération des deux éléments constitutifs (l’un prédomine-t-il ?) et celle de l’intensité du mélange/tri (à quel point leur mélange ou leur séparation est-il achevé ?). Les quatre grands degrés – ou d’un point de vue dynamique, les quatre grandes étapes – de mélange/tri sont la séparation, la contiguïté, le mélange (ou brassage) et la fusion (Zilberberg, 2000 : 11). Ainsi, le métissage culturel, qui rapproche des zones culturelles différentes, relève du mélange, « pratique sémiotique figurale indépendante des contenus circonstanciels investis » (Zilberberg, 2000 : 8). »

Source: Fabula.org Information publiée le dimanche 12 février 2012 par Matthieu Vernet 
http://www.fabula.org/actualites/l-hebert-l-guillemette-dir-performances-et-objets-culturels-nouvelles-perspectives_49449.php